Le parc naturel régional des volcans d’Auvergne

Des méthodes alternatives à l’éradication chimique ?

 
Campagnol terrestre

Espaces naturels n°24 - octobre 2008

Études - Recherches

Ghislaine Pradel
Parc naturel régional des volcans d’Auvergne

 

Tous les cinq à dix ans, les zones de moyenne montagne connaissent des pullulations de campagnols et leur fréquence s’accélère.

Développer le maillage bocager

Lorsque l’on dit « les campagnols ravagent tout sur leur passage », il faut l’avoir vu pour comprendre. Criblées de monticules de terres, les prairies ressemblent à des paysages lunaires. Sur ces « labours », les agriculteurs n’ont plus qu’à ressemer. Outre la dégradation des pâturages et la perte fourragère, les conséquences économiques sont en chaîne. La remontée de terre agglomérée au fourrage diminue sa qualité. Elle génère, par exemple, de la fermentation dans les ensilages. Les vaches produisent donc un lait de moindre qualité, le fromage est à l’unisson. Et, puisque les pâturages sont touchés, l’aspect patrimonial en souffre aussi. Du reste, on observe une corrélation entre la pullulation des campagnols et le pourcentage de surface toujours en herbe (supérieur à 70 % de la superficie totale).
Certes, la bromadiolone permet de réagir mais cet anticoagulant a, sur la faune sauvage, des effets induits ni souhaités ni souhaitables. Aussi, un programme d’étude, porté par le parc naturel régional des volcans d’Auvergne1 (2002-2006), visait à bien connaître les mécanismes de pullulation afin d’imaginer et de tester des actions substitutives au traitement chimique.
Sans rentrer dans les détails du fonctionnement biologique du campagnol, on retiendra que le seuil de démarrage d’une pullulation est fixé à cent individus par hectare. Au-dessus de ce niveau, l’espèce croît rapidement (en six mois, la descendance d’un couple atteint cent vingt individus). Les chercheurs mettent également en évidence que l’absence de régulation est liée aux changements de pratiques agricoles (abandon de la fauche des talus, diminution du piégeage…) et à la baisse du nombre de prédateurs.
Pourtant, parmi les solutions préconisées, l’idée d’introduire des prédateurs est apparue comme une fausse évidence. Des études antérieures se sont penchées sur le cas de l’hermine. Cette espèce, adaptée aux milieux prairiaux et inféodée au campagnol, prospère lorsque sa proie se multiplie. Cependant, sa reproduction étant plus lente, elle se trouve en surnombre (par rapport à sa ressource alimentaire) au moment où le campagnol décroît. La phase de pullulation passée, le nouvel équilibre laisse apparaître une population d’hermines en quantité inférieure à celle du départ.
C’est pourquoi, plutôt que de réintroduire des prédateurs, les opérateurs du programme préfèrent œuvrer au développement du maillage bocager (haies et bosquets abritent des prédateurs). Cette action qui n’a pas encore été évaluée (il faut que la vétégation pousse) a été développée à partir de photos aériennes permettant de déterminer à quel endroit le continuum bocager était interrompu.
Une autre action consiste à maintenir les populations en faible densité (moins de cent individus à l’hectare) par une intervention chimique ciblée et mesurée. Celle-ci requiert une surveillance avisée. Il n’est pas si facile en effet, d’identifier les galeries du campagnol. Celui-ci utilise souvent celles creusées par les taupes et il faut parfois recourir au piégeage.
Quoi qu’il en soit, surveillance et traitement n’ont d’efficacité que s’ils sont le fait d’une action collective portée par des agriculteurs. Les sites pilotes ont d’ailleurs permis de démontrer que si l’ensemble de la commune n’était pas considérée, on observait le déplacement de populations de campagnols et, l’année suivante, l’éclosion de foyers résiduels.
Le travail doit donc être permanent. À cette condition, il donne des résultats probants ; preuve en est, le bilan d’un réseau communal de surveillance et de piégeage à Mouthe (Franche-Comté) où, mobilisés, agriculteurs, techniciens et population ont réussi à enrayer les pullulations.

Moune Poli à partir d’une interview de Ghislaine Pradel

1. Avec l’Inra, l’École nationale des travaux agricoles de Clermont-Ferrand, l’IUT d’Aurillac, la chambre d’agriculture du Cantal, l’ONCFS, la mission Haies Cantal.