Syndicat mixte du bassin de l’Or

L’émergence d’une intelligence collective

 

Espaces naturels n°31 - juillet 2010

Aménagement - Gouvernance

Eve Le Pommelet
Chargée de mission Natura 2000, Syndicat mixte du bassin de l’Or

 

Cela avait mal, très mal, commencé : par des actions en justice. Deux ans plus tard, c’est à l’unanimité que le comité de pilotage vote le document d’objectifs du site Natura 2000. Entre les deux ? Une longue démarche de concertation.

2005. Quatre communes, dix associations de chasse, un syndicat mixte et un groupement foncier agricole déposent un recours en annulation contre le périmètre Natura 2000 du site de l’étang de Mauguio (Hérault). Motifs : incohérence du périmètre, et absence d’inventaire spécifique préalable. À cette date, le site déjà proposé pour intégrer le réseau Natura 2000 est désigné comme zone de protection spéciale.
Pour la plupart opposés au projet, les élus concernés se réunissent. « Natura 2000 se fera… autant que cela se fasse avec nous, non ? » De longues négociations s’engagent, notamment pour s’assurer des financements… Il sort une décision : plutôt que de laisser agir les services de l’État, les élus porteront eux-mêmes1 l’élaboration du document d’objectifs (Docob) en associant les acteurs locaux. La concertation pour faire bouger les lignes !

En 2007, un choix politique voit la mise en place d’un comité de pilotage, le recrutement d’une chargée de mission, le lancement des inventaires naturalistes (confiés à un bureau d’études) et du diagnostic socio-économique. Mais c’est par des rencontres individuelles avec les principaux usagers que les choses vont vraiment basculer.
Parce que reconnus, les acteurs vont s’impliquer dans cette démarche.
Usagers, chambre d’agriculture, prud’homie de pêche, associations de cabaniers et manadiers, de protection de la nature… tous œuvrent au sein de groupes de travail : agriculture et élevage, pêche, habitations et loisirs…
Par ailleurs, des ateliers thématiques transversaux sont ouverts à tous. On y traite de la qualité de l’eau et de la gestion hydraulique, de la gestion de la fréquentation ou encore de l’ajustement du périmètre du site.
Parallèlement, le syndicat s’implique dans une opération pilote « Actions de connaissance, de suivi et de médiation environnementale sur la chasse et Natura 2000 en Languedoc-Roussillon ». La Diren et la région délèguent un médiateur de la fédération régionale des chasseurs pour animer le groupe chasse.

Progressivement, alors que la légitimité de chacun est reconnue, la mutualisation des connaissances et compétences devient un fait. Les socioprofessionnels, qui s’expriment en groupes de travail, permettent de comprendre les motivations collectives en place, lesquelles sont débattues ensuite en ateliers thématiques. Lors d’une réunion, un élu reconnaîtra : « Une intelligence collective a émergé, elle a permis de formaliser une volonté d’agir. »
Rien n’est simple cependant, comme l’ajustement du périmètre du site, où il faut concilier intérêt général et projets privés.
L’accord sera possible grâce à l’écoute instaurée et à l’échange informel. Les moments de convivialité suivant les réunions permettent que s’expriment plus volontiers interrogations et préoccupations personnelles.

Le succès doit également à l’organisation éthique de la démarche. Afin d’assurer le respect mutuel et la productivité du travail, les séances sont toujours précédées de l’envoi des documents provisoires.
De plus, c’est en temps réel que les comptes rendus de réunions et documents d’étape sont diffusés. Une rubrique internet permet à chacun de vérifier la retranscription de ses propos. Un moyen qui permet, aussi, de valoriser l’implication des acteurs locaux.
La concertation met l’accent sur l’importance des vocables propres à chacun et l’adoption de termes de référence communs. Écrit-on : Objectifs de conservation ? Orientations de gestion ? Objectifs de développement durable ? Les séances de travail sont l’occasion de donner la parole et la plume aux participants.
Jongler avec les impératifs des uns et des autres fut un exercice complexe. En effet, le degré de participation des acteurs est souvent dépendant de la distance géographique. Le compromis a été trouvé dans l’alternance des lieux et des plages horaires des séances de travail.

Le 18 décembre 2008, le Docob des sites Étang de Mauguio est validé à l’unanimité par le comité de pilotage. Cette appropriation de la démarche par les élus et plusieurs groupes, fortement réticents au départ, se traduit concrètement par la signature de contrats Natura 2000, dès 2009, première année de mise en œuvre du Docob. Cinq contrats ont été signés : quatre contrats agricoles visant une gestion pastorale favorable à la biodiversité et un contrat Natura 2000 porté par une commune et consistant en des travaux de réhabilitation du réseau hydraulique des marais.
Deux ans auront été nécessaires pour parvenir à cette fin. Deux ans et trente-trois réunions. Le jeu en valait la chandelle.

1. Le syndicat mixte de gestion de l’étang de l’Or des sites Natura 2000 Étang de Mauguio (SMGEO) sera maître d’ouvrage. • 2. SupAgro et Iram. Contacts : Jacques Ripoche jacques.ripoche@supagro.inra.fr - Bernard Bonnet b.bonnet@iram-fr.org