Outils opérationnels

Bonne note pour la forêt

 

Espaces naturels n°33 - janvier 2011

Le Dossier

Nathalie Carnino
MNHN
Farid Bensettiti
MNHN
 

Mise en place récemment pour répondre aux impératifs de la directive Habitats, une méthode d’évaluation1 de l’état de conservation des habitats forestiers a un avantage certain : sa rapidité de mise en œuvre dans la collecte des données. Elle s’appuie sur un nombre très limité d’indicateurs quantitatifs et qualitatifs.

Simple, rapide, pragmatique, ainsi peut-on qualifier la méthode récemment développée1 pour évaluer l’état de conservation des habitats forestiers. Elle analyse, d’une part, l’état de leurs structures et de leurs fonctionnalités et, d’autre part, les atteintes pouvant avoir un impact important.
Quatorze indicateurs (variables qualitatives ou quantitatives à mesurer) permettent cette évaluation. Les données sont relevées (sur des placettes ou à l’échelle du site) sous forme de pourcentage ou de données moyennes à l’hectare. Ces informations induisent une note finale et un état de conservation correspondant. Voyons les différents critères de ce qu’il convient d’observer.

Six indicateurs permettent d’évaluer l’état de la structure et la fonctionnalité de l’habitat :
• Composition dendrologique. Plutôt que de partir du pourcentage de présence et de recouvrement des essences typiques de l’habitat (difficile à appréhender), la typicité est analysée au travers d’essences ne devant pas figurer dans le type d’habitat concerné. Un habitat a donc une composition dendrologique jugée intègre quand il n’abrite pas, ou très peu, d’essences non typique de l’habitat.
Dans chaque placette étudiée, l’opérateur devra indiquer le pourcentage de recouvrement du couvert arboré occupé par les essences non typiques.
• État de la flore typique du type d’habitat. Renseigner cet indicateur suppose d’observer, à une période propice, la présence ou l’absence d’espèces définies dans une liste par type d’habitat et par région.
Les espèces végétales figurant dans ces listes répondent aux critères suivants : caractéristiques de l’habitat (sens phytosociologique)  ; typiques du milieu forestier ; dominantes et fréquentes ; ni trop communes, ni trop rares.
• Nombre de très gros arbres. Les vieux arbres de très gros diamètre sont des éléments qui structurent les stades matures des forêts et qui constituent des micro-habitats nécessaires à un vaste cortège d’espèces. Pour identifier un très gros bois (TGB), l’opérateur mesurera le diamètre de l’arbre à hauteur de poitrine et le comparera à une valeur seuil (fournie par la méthode), pouvant varier selon l’essence, l’altitude et les conditions
stationnelles.
• Dynamique de renouvellement, à savoir la proportion de jeunes peuplements ou de régénération d’essences typiques de l’habitat. On vérifie que le couvert forestier pourra se renouveler après la sénescence des arbres constitutifs de l’habitat, en regardant si la relève (semis, arbres de moins de 10 m) est bien assurée et si elle a un avenir.
Pour les forêts à allure régulière, les peuplements sont dits jeunes jusqu’à la première coupe d’éclaircie. Pour les forêts à allure irrégulière, l’attention est portée sur la régénération du couvert forestier typique de l’habitat.
• Bois mort. L’indicateur observé est le bois mort sur pied et au sol d’un diamètre à hauteur de poitrine supérieur ou égal à 35 cm.

Les atteintes sont jugées lourdes lorsqu’elles ont un impact agissant sur la nature même de l’habitat. Il s’agit alors d’estimer la surface relative concernée par ces atteintes : espèces exotiques envahissantes, dégâts au sol, perturbations hydrologiques…
Une catégorie « autres atteintes » permet de renseigner d’autres facteurs. Parmi elles : les dégâts sanitaires occasionnés par d’autres éléments que ceux déjà listés (attaque de
ravageurs…).
L’observation doit être faite par un opérateur expérimenté ou par des services spécialisés. L’opérateur notera le pourcentage approximatif de surface de la placette recouverte par l’atteinte.

Cette catégorie regroupe les atteintes qui ont un impact sur l’état de conservation d’un habitat forestier à l’échelle d’un site.
En l’absence d’indicateur opérationnel ou facilement applicable pour cette thématique, ces atteintes sont à renseigner à dire d’expert d’après les observations de terrain.
Pour évaluer l’impact de l’abroutissement par exemple, l’opérateur regardera les dégâts causés sur la végétation (quantité de tiges fortement abrouties).
Pour l’impact de la surfréquentation humaine, l’attention est portée sur les marques de fréquentation humaine pouvant avoir des répercussions néfastes sur l’habitat : piétinement, traces de motos, déchets, très forte cueillette…
Enfin, pour les incendies, l’impact est à renseigner à dire d’expert. L’opérateur peut tenir compte de divers facteurs tels l’état sanitaire et la mortalité des arbres, la physionomie des habitats (composition végétale) dans les zones parcourues par le feu ainsi que la proportion de surface de l’habitat, à l’échelle du site, fortement endommagée.

Un système de notation permet de déterminer l’état de conservation de l’habitat. Il est obtenu en comparant les valeurs des indicateurs de chaque type d’habitat à des « valeurs seuils » (proposées par la méthode). La note et l’état de conservation correspondant sont attribués en fonction des écarts à ces valeurs seuils.
Cette méthode permet de mesurer les efforts à fournir pour évoluer vers le bon état de conservation. Du reste, elle propose des types d’actions à mettre en œuvre pour améliorer le constat.