L’effet « Réserve »

Un impact positif sur la pêche

 

Espaces naturels n°9 - janvier 2005

Le Dossier

Jean-Michel Culioli
Réserve naturelle des bouches de Bonifacio

Réalisés depuis plus de vingt ans dans les bouches de Bonifacio, les suivis scientifiques mettent en évidence « l’effet Réserve » : les ressources halieutiques sont supérieures dans les Aires marines protégées.

Des suivis scientifiques des peuplements ichtyologiques sont réalisés depuis plus de vingt ans dans les bouches de Bonifacio au moyen de deux approches complémentaires : les évaluations in situ et les suivis de la pêche professionnelle. À l’échelle géographique du Parc marin international corso-sarde, les évaluations visuelles de poissons sont réalisées sur vingt et un sites présentant des réglementations diverses (Réserves intégrales, partielles et des zones non réglementées) et des moyens de gestion différents (moyens de surveillance affectés à ces zones). Elles permettent d’évaluer un indice de biomasse moyen six fois plus important à l’intérieur des zones protégées et gérées, en comparaison de celui des zones laissées en libre exploitation ou bien protégées mais peu surveillées.
Un suivi parallèle de l’effort et des productions de pêche (environ soixante-dix espèces) a été initié en 1992 dans l’ancienne Réserve naturelle des îles Lavezzi (5 050 ha) et étendues depuis 1999 à l’échelle de la nouvelle Réserve naturelle des bouches de Bonifacio (79 460 ha).
Les premières analyses montrent des rendements des filets trémails en augmentation significative depuis une décennie dans l’archipel des îles Lavezzi, classé depuis 1982 en Réserve naturelle. La pêche artisanale y est limitée et les activités de loisir réglementées (chasse sous-marine interdite notamment) (fig.1). Les différences inter-zones de rendements évaluées au sein de la Réserve naturelle des bouches de Bonifacio semblent confirmer cette hypothèse (fig.1).
L’interdiction des petites mailles de filet depuis les années 80 semble produire un effet positif sur les faibles proportions de petits individus pêchés (environ 10 %). Parallèlement, les évaluations visuelles entre dix et vingt mètres montrent une stabilité de la biomasse moyenne à l’aire dans la Réserve intégrale de Bonifacio mais également dans l’archipel des Lavezzi, à l’inverse des zones laissées en libre exploitation (fig. 2).
Ces suivis dévoilent donc qu’une activité comme la pêche traditionnelle, limitée dans son effort temporel mais également technique, ne constitue pas, en Méditerranée, une contrainte majeure en matière de conservation de la ressource halieutique côtière (0 - 30 m).
Ce sont bien les activités halieutiques en voie de développement anarchique qui constituent une véritable menace (pêche de loisir, palangres, chasse sous-marine).
À l’heure actuelle, une très large majorité des pêcheurs de la prud’homie de Bonifacio participent à la politique de suivis scientifiques sous la forme de prestations de services rémunérées (calées et remontées de filets expérimentaux, embarquements de personnels scientifiques, mise à disposition des captures…). Dans les bouches de Bonifacio, la gestion de l’environnement depuis près de vingt ans produit un modèle équilibré de gestion soutenable des ressources halieutiques.
Il demeure essentiel de le préserver, en collaboration avec les pêcheurs professionnels mais également avec les activités touristiques en voie de développement. Ces dernières devront intégrer des concepts de développement soutenable de leurs activités, compatibles avec le maintien de cet équilibre fragile.
Il semble important de continuer d’incrémenter à long terme la base de donnée halieutique de la Réserve naturelle des bouches de Bonifacio. De la même manière, il est essentiel de communiquer sur l’efficacité de cette gestion aux fins de transfert vers d’autres espaces confrontés à des problématiques similaires de conservation de la nature intégrant des activités halieutiques artisanales.