Coopération franco-hongroise pour la biodiversité

D’égal à égal

 

Espaces naturels n°19 - juillet 2007

Vu ailleurs

Marc Maury
Chef de projets - Fédération des conservatoires d’espaces naturels

 

Jolie leçon de respect ! Voici ce que les Français ont retenu de l’allocution de Làszlò Haraszthy, sous-secrétaire d’État à l’Environnement hongrois, alors qu’il s’exprimait devant le comité de pilotage du programme franco-hongrois pour la biodiversité. La scène se déroulait en janvier 2005. Alors qu’on s’attendait, légitimement, à ce que l’hôte officiel salue la coopération franco-hongroise engagée depuis 2001, il débuta son discours en présentant les nombreux autres partenariats internationaux dans lesquels la Hongrie est impliquée. La réunion s’ouvrait donc en resituant la coopération franco-hongroise à son juste niveau : un partenariat parmi d’autres.
Ce n’est qu’une anecdote, elle marque cependant l’état d’esprit qui doit prévaloir pour toute coopération : deux pays collaborent sur un pied d’égalité, ici à la préservation du patrimoine naturel de l’Union européenne. Et le soutien financier apporté par la France n’y change rien : respect mutuel et reconnaissance réciproque sont les deux ingrédients de base d’un partenariat international.
Est-ce là la seule clé pour réussir une coopération internationale ?
La Fédération des conservatoires d’espaces naturels (FCEN), qui s’est constituée une expérience modeste à travers ses coopérations en Bulgarie, Slovénie, dans les Pays baltes et en Hongrie, y voit d’autres enseignements, lesquels peuvent avoir valeur de conseils.
Les conditions préalables
Ce qui fonde un partenariat, c’est l’objectif que l’on veut atteindre ensemble et la manière dont chacun met ses compétences propres au service de l’objectif commun. Truisme ? Certes non, cet énoncé signifie, en clair, que la réussite d’une coopération repose le plus sûrement sur le partage des objectifs. Dans le cas présent, c’est bien l’objet du programme et donc la mise en œuvre d’un réseau de fondations pour la biodiversité en Hongrie qui a été porteur. En effet, cette initiative ne reposait sur aucune collaboration passée ou aucun vécu antérieur. Le partenariat est né d’une rencontre informelle entre les présidents de la fondation Zöld Folyosò et de la Fédération des conservatoires d’espaces naturels. Et, lorsque le Fonds français pour l’environnement mondial a demandé d’étudier la faisabilité de programmes de coopération avec les pays d’Europe centrale et orientale, c’est tout naturellement que les gestionnaires français se sont rapprochés de leur contact en Hongrie.
L’objectif partagé, les similitudes entre les organismes et leurs modes d’intervention, la faisabilité du programme associant cinq acteurs hongrois crédibles ont été les bases de cette alliance. Le respect, la reconnaissance réciproque et la confiance entre les partenaires ont fait le reste.
La relation humaine
Une fois les grands principes actés, le partenariat doit être mis en œuvre de façon concrète, et satisfaisante pour chacun. À ce stade, il convient d’être vigilant sur les modalités et les attendus du partenariat au risque d’anéantir toute perspective de collaboration fructueuse. Plusieurs points doivent retenir l’attention. Et, tout d’abord, l’importance de l’animation du projet. En effet, un partenariat bilatéral se construit – avant tout – sur un binôme d’animateurs (français et hongrois) disposant de compétences techniques requises mais, également, de qualités humaines.
Importance du relationnel : le mot est lancé. Il s’agit là d’un critère subjectif et qualitatif qui est pourtant primordial. On notera, par exemple, que dans la présente expérience, ces professionnels ont changé en cours de collaboration sans que le programme en subisse de contrecoup. La qualité relationnelle développée en amont a pu subsister après leur départ. Dans cet échange, d’ailleurs, ce binôme a été renforcé par des binômes de bénévoles, lesquels ont permis de tisser, davantage encore, la toile relationnelle. En effet, quelles que soient la solidité initiale du partenariat et la justesse des règles établies, le jeu partenarial dépend du comportement de chacun des partenaires. Les règles ne suffisent pas à sécuriser un dispositif, à garantir son succès et à anticiper toutes les situations.
La qualité du dialogue entre les animateurs du partenariat, dans un cadre non hiérarchique, est fondamentale pour la qualité du copilotage de l’action au-delà du seul rôle d’interlocuteur privilégié et d’interface entre les structures impliquées.
La question de la langue commune
Dans un contexte international, la question linguistique se pose généralement et, à défaut de parler la langue du partenaire, la maîtrise de l’anglais est rapidement incontournable. Cependant, la pratique des deux langues confère un avantage évident. Ainsi, le suivi de ce programme a été confié à la vice-présidente de la Fédération des conservatoires. En effet, celle-ci étant d’origine hongroise, sa connaissance de la langue, des contextes historique et politique a grandement facilité la perception du contexte national et le rapprochement des partenaires. Aujourd’hui, les échanges se font indifféremment en anglais, en hongrois ou en français selon l’aptitude des interlocuteurs.
Les suivis comptables et financiers constituent également un volet majeur de la mise en œuvre et du rendu d’un programme. Là encore, la connaissance de la langue du pays (les factures ne sont pas en anglais) et des règles nationales en vigueur (TVA, charges employeurs, règles des marchés…) constituent des atouts maîtres. C’est pourquoi, le partenaire français s’est associé à un bureau d’expertise comptable hongrois, en charge de la certification des recettes et des dépenses des fondations partenaires. Le cabinet comptable a également joué le rôle de conseil auprès des fondations pour leur permettre de s’adapter aux règles du Fonds français pour l’environnement mondial. Le choix de s’appuyer sur des compétences nationales s’est avéré bénéfique aux deux parties dans le suivi et la gestion de ce programme.
Gouvernance
La question de la gouvernance se pose alors. Jusqu’où doit-elle être formalisée ? Dans le cas de ce programme franco-hongrois, le choix a été fait d’une forte formalisation. Le fait de se mettre d’accord sur les règles et compétences devait permettre d’avancer plus vite et d’anticiper d’éventuels malentendus.
Des contrats et des conventions bilatérales ont donc été mis en place ainsi qu’un comité de pilotage rassemblant les opérateurs du programme, le Fonds français pour l’environnement mondial et les autorités des deux pays. Le rôle de ce comité est clairement défini et ses compétences validées par les parties. Il suit l’avancement des actions et valide les programmes de travail annuels et les bilans d’activités.
La Fédération des conservatoires joue le rôle d’interface entre le ministère de l’Écologie français, le Fonds français pour l’environnement mondial et les fondations. Le partenariat entre la FCEN et les cinq fondations hongroises s’entretient également au moyen de rencontres annuelles : réunions du comité de pilotage, visites de sites… Ainsi, en septembre 2007, à l’occasion d’une venue en France d’une délégation hongroise, des jumelages entre conservatoires d’espaces naturels et fondations sont prévus.
Le partenariat, ça marche…
Le projet s’achève dans deux ans et il reste beaucoup à faire. Néanmoins, il affiche des résultats significatifs qui se traduisent par des investissements structurants tels que l’aménagement de bâtiments administratifs ou de deux écofermes, l’acquisition de matériel d’exploitation des sites, l’acquisition de zones stratégiques pour la conservation, la préservation de races rustiques (vaches grises, brebis racka, porcs mangalica…)… Le projet a également accompagné la création, en 2005, du premier parc naturel hongrois dans la région du Vértes en associant les vingt communes concernées. Les cinq fondations possèdent et gèrent aujourd’hui plus de 5 500 ha et emploient plus de quarante personnes. Et puis, aussi, les actions menées possèdent une forte valeur démonstrative vis-à-vis du public et du monde agricole dans un contexte fortement marqué par l’entrée dans l’Union européenne et la politique agricole commune. L’exemplarité de la gestion extensive pratiquée par les fondations propose une alternative réaliste et économiquement viable à l’agriculture intensive.
L’approche économique développée par chaque fondation repose sur le développement des productions traditionnelles (bétail, pisciculture…) et l’écotourisme à des fins d’autofinancement des actions de conservation. Les retombées sont encore modestes mais les tentatives de la fondation Zöld Folyosò de développer un tourisme ornithologique, halieutique et équestre ouvre des perspectives réelles (6 000 visiteurs/an) et contribue à revitaliser cette vaste zone d’étangs en déprise. Le projet aura permis aux fondations de professionnaliser leur fonctionnement et d’asseoir leur ancrage territorial ainsi que leur crédibilité. Ces cinq fondations ayant construit des habitudes de travail en commun sont, plus qu’hier, des acteurs du développement rural et de la préservation du patrimoine naturel en Hongrie.
Aussi, s’il est un autre enseignement à retenir, ce serait celui-là : le partenariat ne se décrète pas, il se construit progressivement. Ce sont les échanges et les collaborations à venir qui nous diront si cette démarche va survivre au programme qui l’a engendrée.

1. Fondations Bihar, Hortobàgy Pro Vértes, Tiszatàj, Zöld Folyosò.

En savoir plus
Fédération des conservatoires d’espaces naturels • Tél. : 02 38 24 55 00
site : www.enf-conservatoires.org