Le suivi international des oiseaux d’eau encourage à innover

 

Espaces naturels n°45 - janvier 2014

Vu ailleurs

Clémence Deschamps
Chargée de projet

 

Les dénombrements d’oiseaux d’eau en Afrique nécessitent le développement d’outils et de formations toujours plus ciblés et adaptés, pour leur identification et leur comptage ainsi que pour le traitement des données. Coopération internationale, gratuité, simplicité, multi-traduction et évolution en sont les critères majeurs.

© ONCFS , Fondation Tour du Valat

La mise en place d’outils efficaces pour la formation au suivi des oiseaux d’eau migrateurs en Afrique nécessite une collaboration internationale pérenne entre les différentes structures et organisations nationales et internationales concernées. Guides papier, CD ou supports de formation initiés par l’ONCFS et la Tour du Valat s’efforcent de répondre aux demandes et besoins nouveaux des différents partenaires en matière de renforcement de capacités sur le terrain. L’autonomie des formateurs locaux est visée à travers la gratuité des supports, la simplicité des informations didactiques et la multi-traduction. Ils ont bien sûr vocation à être toujours améliorés et partagés et dépendent donc pour cela de la qualité des échanges entre utilisateurs et développeurs. Cette coopération internationale revêt une importance décisive pour l’efficacité à long terme des suivis internationaux d’oiseaux migrateurs. Elle a été mise en place dans le cadre de l’initiative africaine de l’Accord pour la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique-Eurasie AEWA (voir encadré).

Les outils de formation ont été mis en place pour avoir des résultats plus homogènes d’une région à l’autre. Les lacunes en données récentes y étant particulièrement patentes, la  France a soutenu un premier projet de suivi dans la vallée du Nil supposée d’importance internationale pour les oiseaux d’eau. Au cours des recensements en Egypte, au Soudan et au Soudan du Sud, d’autres besoins de formation ont été mis en évidence, depuis la saisie sur le terrain jusqu’à la transmission aux organismes coordinateurs. Ce constat a convaincu l’équipe de l’ONCFS en charge de ce projet de développer des outils et des supports de formations allant de la collecte à l’analyse de ces données.

Du recensement sur le terrain….

En Afrique, les formations souffrent des coupures fréquentes d’électricité et donc de connexion internet. En plus des guides de terrain, les ordinateurs portables et CD permettent d’augmenter singulièrement la qualité des formations. Une première collaboration avec le GREPOM au Maroc a permis le développement d’un support de formation multilingue pour l’identification et les comptages d’oiseaux. Un CD fournit au formateur des présentations détaillées pour apprendre à identifier les oiseaux d’eau d’Afrique du Nord et de l’Ouest. Il permet aussi d’apprendre à dénombrer et à estimer de grands groupes d’oiseaux et surtout de comprendre le rôle, le but et les principales modalités des suivis de terrain. Ce module comprend des explications techniques sur la détermination des espèces, des exercices en salle et sur le terrain. Etant donné la diversité linguistique des deux grandes régions africaines dans lesquelles cette formation peut être dispensée, les supports sont disponibles en trois langues : anglais, arabe et français. Une version portugaise est en cours de production pour couvrir toutes les langues parlées sur le continent africain.
Un autre partenariat entre l’association des amis des oiseaux de Tunisie (AAO) et l’ONCFS a permis la réalisation d’un guide de détermination des oiseaux d’eau de la région nordafricaine, de la Mauritanie au Soudan. Il présente 200 espèces d’oiseaux d’eau illustrées en couleur, leur description, leur statut, les milieux qu’elles occupent, ainsi que leur répartition dans la région. Ce guide, édité en 2013 en Tunisie en format poche, est le premier pour cette région à être rédigé en arabe. Afin d’optimiser sa diffusion, il est distribué gratuitement. Ces outils viennent compléter un kit de formation sur les concepts de voie de migration réalisé dans le cadre du projet international Wings Over Wetlands. Utilisé depuis peu en Afrique, il propose une approche basée sur la gestion et la valorisation des données pour la conservation à l’échelle des voies de migration des populations d’oiseaux d’eau. Une fois les compétences mobilisées sur le terrain, il est nécessaire de savoir traiter, analyser et transmettre les données collectées. Là encore, des besoins nouveaux ont nécessité de nouveaux thèmes de coopération.

… à l’utilisation scientifique des données

L’étape suivant le terrain est la valorisation des données recueillies, afin de les rendre compréhensibles et utilisables par les preneurs de décisions. Une des requêtes des partenaires a été de pouvoir valoriser leurs jeux de données nationaux à travers les systèmes d’information géographique (SIG). Cet outil permet d’améliorer les suivis (en connaissant et diffusant la localisation précise des lieux visités, ce qui est souvent difficile en l’absence de cartes précises), de pouvoir faire des analyses spatiales et de réaliser ses propres illustrations cartographiques. Une formation a été créée sur QGIS, un logiciel libre et gratuit. Il s’est avéré très efficient tant par ses fonctionnalités, son interopérabilité que par son utilisation intuitive. Suite à une session de comptage de terrain, les personnes ont pu ainsi stocker, sécuriser et valoriser leurs propres données. Cette session a permis aux participants de prendre conscience de l’importance de chaque étape de la chaîne du traitement des données : saisir les données collectées dans le formulaire adapté de Wetlands International, les organiser, les analyser et les traiter sous SIG.
Cette formation devrait permettre à l’ensemble des partenaires soudanais de travailler sur ces données collectées en coopération avec l’ONCFS ces trois dernières années, mais également sur les données d’autres taxons (mammifères, reptile, etc.) recueillies dans le cadre de programmes d’inventaires nationaux.
Le jeu de données fourni et traité lors de la formation concerne uniquement leurs données de comptage ainsi que des données géographiques locales, ce qui permet d’avoir une formation très pratique et concrète pour les utilisateurs, sans partie théorique inutile.
De manière générale il paraît indispensable de conserver aux formations leur dimension régionale et de terrain afin de toujours coller au plus près des besoins et enjeux des partenaires locaux.

Aller plus loin
L’AEWA reste difficilement appliqué
L’Accord pour la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique-Eurasie (AEWA - African-Eurasian Migratory Waterbird Agreement) est un traité intergouvernemental des Nations Unies intégré à la Convention de Bonn sur les espèces migratrices (Convention on Migratory Species ou CMS). Il recouvre potentiellement 119 pays concernés par la conservation des oiseaux d’eau migrateurs et leurs habitats dans la voie de migration Afrique-Eurasie. Les Parties s’engagent à prendre des mesures pour maintenir ou rétablir les espèces dans un état de conservation favorable. Entré en vigueur depuis plus de 13 ans, l’accord reste difficilement appliqué dans certaines régions, notamment sur le continent africain, où les données sur les oiseaux d’eau sont rares en raison d’un manque de moyens humains et financiers pour les collecter sur le terrain. L’initiative africaine de l’AEWA a pour objectif de faciliter la mise en oeuvre de cet accord en Afrique. Un plan d’action ambitieux a été adopté pour 2013-2017. Il insiste notamment sur les enjeux cruciaux d’acquisition et de transfert des données de terrain, de renforcement des capacités et de coopération internationale. www.unep-aewa.org - www.oncfs.gouv.fr - www.tourduvalat.org